Couverture la rencontre n°135


Le voyage en Italie de Louis Gauffier

Exposition présentée au musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole, du 7 mai au 4 septembre 2022


En couverture : louis Gauffier, Portrait de jeune homme avec son chien, 1796, huile sur toile, 67 x 51 cm, collection particulière © Photo Patrice Maurin-Berthier

De naissance poitevine, Louis Gauffier (1762 – 1801) s’est formé à Paris dans la mouvance des élèves de l’atelier de David. Lauréat du grand prix de peinture de l’Académie royale, sa carrière se déroule essentiellement à Rome et à Florence. Sa  » peinture d’histoire  » reflète un goût pour un style néo-classique imprégné de délicatesse et de douceur. À Florence, la fréquentation des aristocrates européens effectuant leur Grand tour l’oriente vers la production de portraits mondains qui constituent des souvenirs de voyage pour cette clientèle raffinée.

Le séduisant Portrait de jeune homme avec son chien (1796) est imprégné d’une sensibilité qui annonce l’esthétique romantique. Adossé à des ruines antiques envahies par la végétation, la pose nonchalante et gracieuse, un jeune-homme à la blonde chevelure fixe le spectateur d’un regard à la fois nostalgique et rêveur, empreint d’un léger spleen. La chemise blanche teintée de gris, ornée de dentelles, le grand mouchoir et le jabot dans les mêmes tons, la culotte moulante à la teinte jaune rosé et les guêtres bleu-pâle dénotent un dandysme affirmé. On ignore l’identité du personnage – peut-être un jeune aristocrate anglais lors de l’étape florentine du Grand tour. Mais on a pu identifier le lieu : un jardin ombragé de la Costa Scarpuccia dans l’Oltrarno. L’arbre, à droite de la composition, semble adopter la même courbure que le corps du personnage et délimite un espace intimiste. Le peintre a figuré à l’arrière-plan les monuments emblématiques de Florence : le campanile de Giotto, le dôme de Brunelleschi, le Palazzo Vecchio et le baptistère. Le chien, un springer anglais, lève la tête vers son maître avec une expression de fidélité intense. Gauffier est ici proche de l’atmosphère des portraits dûs aux artistes anglais comme Reynolds ou Gainsborough.

Peut-on voir dans cette œuvre autre chose qu’un élégant souvenir de voyage pour le modèle ? Loin des portraits officiels qui mettent en scène l’importance sociale des commanditaires, le tableau de Gauffier exprime une certaine mélancolie ressentie devant les ruines et les paysages, sentiment propice à l’introspection et à la conscience de soi du sujet moderne qui s’affirme à la fin du Siècle des Lumières.

Au moment où les troupes françaises, conduites par Murat, occupent la Toscane, Gauffier et son épouse Pauline décèdent, à trois mois d’intervalle, en 1801. Ils avaient respectivement trente neuf et vingt neuf ans. François Xavier Fabre ramènera à Montpellier un riche ensemble de peintures, d’esquisses et de dessins de son ami, ensemble qui constitue l’amorce de la rétrospective actuelle.

Édouard Aujaleu Président des AMF

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