La Rencontre : revue des Amis du Musée Fabre,
Jean Luc Arcelli

N°92 2ème trimestre 2010
Jean-Luc Arcelli : Belle d’Amour (2010), grès céramique, H :78cm L :33cm ; collection particulière, photo de l’artiste.
Du 23 au 25 avril dernier s’est tenu au Corum à Montpellier le salon Esprit des Arts dont l’ambition était d’ouvrir un espace de visibilité pour les artistes et permettre aux amateurs d’art de notre région, de poser un regard sensible sur leur œuvre. Le but était de promouvoir l’Art contemporain à travers une manifestation pérenne au cœur de la ville de Montpellier, d’envergure nationale, voire internationale. Il a accueilli cette année une quarantaine d’exposants, peintres ou sculpteurs, venus d’horizons divers mais présentant une assez belle homogénéité de qualité.
C’est là que nous avons rencontré Jean Luc Arcelli, sculpteur, déjà présent dans le passé aux expositions d’ArtéNim’. Cet artiste d’origine italienne, né en 1953 en Lorraine où ses grands-parents, comme beaucoup d’autres, avaient trouvé refuge après la première guerre mondiale, s’est finalement fixé à Viols le Fort, au nord de Montpellier, dans ce village au cœur médiéval qui pratique depuis des années une politique favorisant l’installation et l’expression d’artistes et d’artisans d’art.
Son parcours s’oriente très vite vers des modes d’expression artistique et son questionnement le porte dans les années 1970 à rencontrer Otto Muehl, co-fondateur de l’Actionnisme Viennois et fondateur d’un centre innovant où le vécu artistique devenait une pratique de vie. Cette formation, totalement dégagée de l'aspect commercial, lui a permis de travailler en profondeur et de construire une méthode mentale à l'abri de trop de tentations esthétiques.
Actuellement, il se sent proche de la personnalité de Willem de Kooning, par la distance qu'il réussit à installer entre sa peinture, (ou son anti-peinture) et son travail intellectuel, en laissant intact le cheminement émotionnel, et, dans le domaine de la sculpture, il reconnaît en particulier l’influence de Henry Moore, qui l’a fortement impressionné par la '' puissance apaisante '' de ses œuvres.
Son travail, qui s’appuie au préalable sur une représentation graphique épurée et une recherche de la ligne (Matisse figure au Panthéon de ses artistes favoris) a évolué récemment de la forme pleine vers une ouverture à des espaces intérieurs, en creux, comme une « éclosion » à un nouveau langage. Parallèlement, le matériau utilisé n’est plus la pierre ou le bois qui se creuse, mais du grès céramique qui s’assemble et se construit.
Belle d’Amour est l’une des premières réalisations issues de cette nouvelle démarche.
On y voit s’exprimer une forme sensuelle, toute en courbes féminines, qui s’ouvre voluptueusement dans une gracieuse révérence et s’offre sans retenue à notre regard dans une blancheur et une pureté virginale. Cette femme-bulbe ouvre un pan de sa robe, nous invitant à pénétrer un intérieur que l’on devine plein de mystère et de poésie. Il s’agit donc d’amour, mais loin d’être trivial ou simplement charnel, c’est ici d’un amour universel qu’il s’agit, à l’image de l’amour maternel.
Questionné sur son œuvre, l’artiste nous a confié : « J’associe plusieurs thèmes dans mes sculptures où la représentation du féminin occupe une grande place. Belle d’Amour propose l’idée d’un féminin très généreux, s’ouvrant au monde avec grande émotion, tel un développement floral, pudique mais accompagné d’un formidable désir de s’épanouir. »
Jean-Paul Spieth
Jean Luc Arcelli travaille et expose en son l’atelier, 193 avenue du Castelas -34380 Viols le Fort.
Tél. 04.67.55.01.29 site : www.arcelli.fr