Le billet du Président


Edito Revue N°133

« Cela s’appelle l’aurore »

« – Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entre-tuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ?

– Cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s’appelle l’aurore. »

Jean Giraudoux, Electre

En ce début d’automne, la pandémie semble reculer dans notre pays. Les musées, les théâtres, les galeries, les cinémas, les salles de spectacles et de concerts ouvrent à nouveau leurs portes aux publics. Mais, malgré leur pénibilité, les mois que nous venons de vivre sont riches d’enseignements.

Les multiples restrictions imposées à la population pour la sauvegarde de la santé publique ont mis à mal la création et la diffusion des œuvres de culture. Durant cette période, nous avons pu assister au développement des croyances les plus irrationnelles et de l’ignorance des savoirs scientifiques, ainsi qu’à la montée d’affects primaires tels que la peur, la haine ou la colère, alimentés par ces réseaux que l’on dit sociaux.

Dans le même temps, les passions identitaires ont pu conduire à des actes que l’on pouvait penser révolus. Au Canada, on a brûlé des livres accusés de véhiculer une idéologie coloniale, alors qu’il aurait été plus pertinent de les soumettre à l’analyse et à la critique.

En Afghanistan, les Talibans proscrivent la musique, interdisent la plupart des livres, privent les femmes de l’accès au savoir et à la culture.

Tous ces faits ne sont certes pas du même ordre, mais témoignent de la fragilité de la culture. Plus que dans la consommation, la liberté réside dans la capacité à exercer sa pensée. Les œuvres de culture – les arts et les sciences comme on disait autrefois – en sont un moyen privilégié. Comme l’exprime Giraudoux, c’est après la tourmente et la nuit que pointe l’aurore. Est-il insensé de croire à un retour de la culture ?

Edouard Aujaleu

Président des AMF