Le billet du Président


Editorial Revue n°131

Elles

La reconnaissance de la création artistique féminine est une longue histoire qui est loin d’être achevée (1). Longtemps, les barrages sociaux et institutionnels ont été des obstacles à l’expression créatrice des femmes, mis à part quelques exceptions notables. Mais la discrimination commence dès la dénomination : pourquoi faut-il, pour les artistes femmes, préciser le genre, alors qu’on ne parle jamais d’artistes hommes ? Y aurait-il une spécificité de la production féminine ? C’est ce qui a prévalu dans le passé. Les femmes, étant sensées plus émotives et sensibles à l’intime, ne pouvaient créer que des œuvres « gracieuses » : pour les peintres, des portraits de femmes et d’enfants, des natures mortes de fleurs, ou pour les écrivaines, des descriptions des tourments du cœur.

Les mouvements modernes d’émancipation des femmes ont mis en question cette idée d’une « nature féminine » ; tout le monde a en tête la célèbre expression de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient », soulignant par là que l’être-femme est moins affaire de biologie que de représentations et d’habitus sociaux. Dès lors les expressions d’art féminin et d’art masculin deviennent des catégories obsolètes. En ce début de XXIe siècle on peut constater que les artistes utilisent toutes les formes d’expressions stylistiques à leur disposition sans distinction de genre.

Mais certains courants féministes radicaux revendiquent une spécificité de la nature féminine. Il ne s’agit certes pas d’un retour aux idéologies patriarcales, mais l’idée de formes d’expression spécifiquement féminines porte en germe la conception d’un différentialisme radical qui déterminerait chaque sexe à produire des œuvres impossibles à concevoir par l’autre sexe.

Ce numéro de la revue est consacré à des artistes qui ont seulement en commun le fait d’être des femmes, mais dont les œuvres témoignent de la diversité des sensibilités et des visions du monde. Sans idéologie préconçue, nous voulons simplement témoigner que les artistes femmes sont des artistes comme les autres.

Edouard Aujaleu

Président des AMF

(1)Voir les articles de Monique Morestin dans les numéros 128 et 129 de la revue.