Couverture la rencontre n°132


Picture in Blue

 
En couverture : Sam Francis, Blue Balls (Détail), vers 1961-1962, h/t, 107 x 138 cm, Stockholm, Moderna Museet, donation Pontus Hulten, 2005

Sam Francis nait en 1923 en Californie. Rien ne le prédestine à une carrière artistique. Il entreprend des études de médecine qui sont interrompues par la guerre. À 20 ans, en 1943, il s’engage dans l’US Air Force. Au cours d’un entrainement, son avion s’écrase en plein désert, le contraignant à des années d’hôpital suite à une blessure de la colonne vertébrale. Allongé sur son lit, son regard est attiré par les ombres et lumières qui se meuvent sur le plafond, à la fois fluides, dansantes et changeantes. Il commence alors une aquarelle pour capter ces effets lumineux. Il persévère dans cette entreprise, d’abord pour survivre – « ma peinture est venue de la maladie. J’ai quitté l’hôpital à travers ma peinture. Je souffrais dans mon corps (…) et c’est parce que je fus capable de peindre que je pus me guérir. » – mais aussi pour comprendre « la substance dont la lumière est faite ». Après des études d’art à l’université de Berkeley, désireux de connaitre la peinture européenne et muni d’une bourse, il s’installe à Paris où il découvre les différentes expressions de l’abstraction lyrique. Il suit des cours dans l’atelier de Fernand Léger et noue des liens d’amitié avec de nombreux artistes. Toujours pris dans ses recherches sur la composition de la lumière, il s’éloigne de l’abstraction américaine et se rapproche de Monet dont il admire le foisonnement des touches colorées et le rendu atmosphérique dans les Nymphéas Il admire Matisse, qui dessine dans la couleur, et les vibrations chromatiques de Bonnard. L’autre préoccupation de Sam Francis est de « transmettre l’impression d’infini », sensation déjà ressentie par l’artiste dans l’immensité du désert où se confondent la terre et le ciel. De 1950 à 1955, ses œuvres de plus en plus monumentales offrent des plages de blanc sur lesquelles des formes colorées sont repoussées aux confins de la toile. « J’ai le sentiment que le blanc est pareil à l’espace qui s’étend entre les choses…Pour moi, puisque le blanc est l’expression de toutes les couleurs, il perd son immédiateté, il se situe hors du temps, alors que le bleu ou le rouge, par exemple, ne m’apparaissent que comme des moments ».

Blue Balls : cette œuvre fait partie d’une série qui s’étend sur une période de 3 ans, de 1960 à 1963. Sur une large plage blanche, des formes cellulaires, à dominante bleue, semblent flotter dans un espace cotonneux Tout autour une myriade de petits éclats colorés s’éloignent ou se rapprochent d’elles, créant ainsi une dynamique. L’œil, balayant la toile, perçoit ce mouvement. Cette toile abstraite est pourtant intensément liée à un épisode extrêmement douloureux dans la vie de Sam Francis. Suite à une grave maladie rénale, il est hospitalisé pendant de longs mois et diminué physiquement. La toile devient le champ sur lequel l’artiste peut exprimer sa douleur
au moyen de la couleur bleue qui, selon ses propos, apparait comme la description d’un moment. Quant à la couleur verte, au centre de ces formes cellulaires, elle peut évoquer l’agression du mal qui le détruit. Cette série prend fin à la sortie de l’hôpital. « Les peintures des  » Blue Balls  » reflètent un artiste déterminé à faire entrer la ferveur émotionnelle de l’expressionnisme abstrait dans un nouveau monde courageux de l’art des années 60, un monde dans lequel le style, la sous-estimation émotionnelle et l’exagération formelle étaient les objectifs primordiaux » (R. Smith, Review/Art ; Sam Francis, à la hauteur de ses pouvoirs. The New York Times,
7 juin 1991)

Éliane aujaleu

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