Couverture La Rencontre n°129


L’œillet et les raisins Jean Ranc, Une Vendangeuse, 1715

 
En couverture : En couverture : JEAN RANC (Montpellier, 1674 – Madrid 1735), Une vendangeuse, portrait présumé de Marguerite Elisabeth Rigaud, vers 1715, huile sur toile, 94 * 83 cm, Stockolm, Nationalmuseum. © Photographie Nationalmuseum

Un jardin planté de vignes au pied d’une esplanade où s’élève un palais fortifié ; une jeune femme, somptueusement vêtue, renverse un panier de raisins dans un baquet de bois. La serpette dans sa main l’identifierait à une vendangeuse, mais le regard tourné vers le lointain n’est guère attentif à sa tâche. Dans quelle catégorie peut-on classer cette toile ? S’agit-il d’un portrait, d’une allégorie, d’une scène de genre ? Peut-être tout cela à la fois car le génie de Jean Ranc réside dans cette façon de transcender les genres. Le raffinement du costume ne plaide guère pour le portrait d’une simple vendangeuse. Cet habit n’est pas approprié à une activité paysanne. Les couleurs ‒ rose, jaune doré, orange bruni, bleu, rouge, gris ‒ alternent avec harmonie dans un jeu de subtils rappels. La coiffe renvoie à l’œillet du corsage, le saphir au noeud sur la manche, le revers du drapé à la plume ornant la chevelure. On imagine plus aisément cette jeune femme, au teint pâle, aux joues empourprées et à la bouche vermeille, dans un salon aristocratique ou bourgeois que dans une vigne.

Comme le signale Stéphan Perreau dans la notice du catalogue de l’exposition, la partie gauche du tableau a été amputée d’une bande de toile où l’on pouvait apercevoir, à l’arrière plan, une musette dans les bras du jeune homme et une figure féminine tournée vers l’arrière. Le regard intense du musicien se détourne de celle à qui il donne la sérénade pour se porter sur la vendangeuse. Avonsnous là une petite scène de genre, voire une allégorie du désir amoureux ? La magnifique nature morte que constitue le panier de raisins à l’apogée de leur maturité, exalte la sensualité et la fécondité (nulle place ici pour une symbolique religieuse de la vigne !) Mais, au centre du tableau, le bel œillet rose et blanc, piqué dans le corsage, renvoie traditionnellement au mariage et à l’amour fidèle. La belle reste insensible aux sollicitations amoureuses. Certains historiens d’art ont voulu voir dans le personnage Marguerite Élisabeth Rigaud, la nièce du peintre Hyacinthe Rigaud, que Jean Ranc venait d’épouser. Le tableau serait alors l’hommage du peintre à sa jeune épouse. Portrait anonyme ou non, scène de genre, allégorie de l’amour fidèle, ces possibles significations, alliées à la splendeur des coloris et des drapés, invitent à rêver, au-delà du plaisir visuel.

Édouard aujaleu

 

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