Couverture La Rencontre n°124


« Picasso. Donner à voir »

 

 Catalogue de l’exposition: Femme assise aux bras croisés, détail, 1937, huile sur toile, 81×60 cm, Musée national Picasso-Paris

Dans quel cadre s’inscrit cette exposition ?
Le musée Fabre a eu la formidable opportunité de faire partie de la manifestation culturelle internationale Picasso Méditerranée à l’initiative du Musée national Picasso-Paris et de Laurent Le Bon son directeur. Nous avons donc proposé une exposition de grande ampleur qui retrace la totalité du parcours de l’artiste en complément des nombreux projets qui abordent une thématique plus spécifique. C’est une exposition généraliste mais avec un parti prix fort. Elle s’articule autour de quatorze dates-clés qui mettent en valeur des moments charnières aussi bien du point de vue technique que stylistique. Ce sont des exemples précis permettant de confronter des œuvres réalisées dans un laps de temps court et dont le rapprochement nous étonne par la diversité des vocabulaires employés.

Quelle est la spécificité de cette exposition ?
Elle offre un aperçu des métamorphoses de Picasso qui est un inventeur de mondes : la mélancolie de la période bleue, le classicisme revisité ou encore les formes torturées de la période surréaliste. Chacune des sections insiste sur la diversité des techniques qu’il explore simultanément – peinture, sculpture, dessin, gravure. C’est justement ce dialogue fécond entre les différentes matières, entre le plan et le volume, qui lui permet de constamment se renouveler.
Le parcours de l’exposition débute avec un portrait peint par Picasso à La Corogne en février 1895 alors qu’il n’a que 14 ans, et s’achève avec un tableau intitulé Mousquetaire et Enfant peint le 23 mai 1972, moins d’un an avant sa mort. Les quatorze étapes du parcours sont réparties dans un espace d’exposition ouvert. Cette muséographie originale a été conçue par le cabinet Studio Matters-The Cloud Collective. L’exposition est donc pensée comme un panoptique de l’œuvre de Picasso qui permet des confrontations entre les différentes périodes que l’artiste a traversées.
On retrouvera certaines des œuvres clés prêtées par le Musée national Picasso-Paris : Nature morte à la chaise cannée, La Flûte de Pan, Les Femmes à la fontaine, Le Grand Nu au fauteuil rouge ou encore le Portrait de Marie-Thérèse Walter. Nous sommes ravis de présenter deux œuvres exceptionnelles du musée Berggruen de Berlin, Bouteille, Verre d’absinthe, Pipe, Violon et Clarinette sur un piano et Le Verre d’absinthe, un magnifique Arlequin à la guitare en provenance de la National Galerie of Art de Washington, le célèbre Grand Nu du Kunsthaus de Zurich… Outre plusieurs chefs d’œuvres de la dernière période provenant de collections privées suisse, nous mentionnerons l’exceptionnelle participation du collectionneur David Nahmad à ce projet qui prête notamment une des versions les plus accomplies des Femmes d’Alger d’après Delacroix (version H).

Y a-t-il des liens entre Picasso et Montpellier ?
Montpellier est entouré de lieux « picassiens » : la Catalogne et la Provence et plus particulièrement Céret, Nîmes, Arles, Avignon ou Vauvenargues. Picasso entretenait des liens d’amitié avec Jean Hugo, arrière-petit-fils du poète, qui s’est installé à côté de Montpellier au mas de Fourques en 1930, autour duquel le musée a constitué un fonds de référence unique en France. Le musée est donc bien préparé pour accueillir l’exposition-événement de cette année.

 

Propos de Michel Hilaire, directeur du musée Fabre et de Stanislas Colodiet, conservateur et commissaire de l’exposition